L’Eglise de Notre-Dame des Missions à Epinay-sur-Seine - Paul Tournon, architecte


        La France, qui à partir de 1878 avait décidé d’exclure les édifices religieux des expositions universelles, réserve, lors de l’Exposition Coloniale de 1931, une place institutionnellement importante aux pavillons des Missions de Paul Tournon. La contribution des missionnaires catholiques et protestants à l’assistance à la conversion ayant revêtu un rôle déterminant dans le processus de «civilisation» lancé par la Nation.

        L’architecte se trouva face au problème complexe d’évoquer extérieurement les traits de l’architecture coloniale, tout en respectant le principe que l’église catholique doit dans tous les cas, être perçue comme universelle. Tournon recourut alors à l’artifice stylistique de représenter trois grandes religions non chrétiennes (bouddhisme, islamisme, fétichisme ) à travers des éléments de composition tous placés sous le signe de la rédemption.

        Du point de vue architectural, la recherche d’un style colonial-universel  aboutit au repêchage d’éléments liés à la tradition des terres coloniales. Dans tous les cas, l’intention «représentative» de l’oeuvre était très évidente à l’extérieur. Chaque élément de la composition revêtait ainsi une valeur symbolique et constitue un renvoi à la religion et à la culture coloniale.

L’ensemble était composé d’un édifice principal reposant sur un carré d’environ 30 mètres de côté. Certains éléments permettaient de lire à l’extérieur, l’intentionnelle évocation de l’orient asiatique : tout d’abord, le profil découpé rendu par le triple toit qui devait rappeler le profil d’une pagode, ensuite, la façade de porcelaine blanche à dessins bleus, et enfin la présence non négligeable d’or dans la décoration. La citation symbolique et la référence aux colonies d’Afrique du Nord étaient ensuite évidentes dans la construction basse, longue et étroite, avec un avant-corps octogonal et une couverture de tuiles vertes, qui côtoie l’édifice principal. Enfin, un double pouvoir évocateur fut attribué par l’architecte à la haute tour en pisé rouge placée entre les deux constructions. Si une évidente comparaison avec les minaret arable ne saurait en effet être évitée, le revêtement extérieur en pierre brune rappelait l’Afrique Equatoriale. Le clocher, qui rythmait la séparation entre les deux corps de la composition, reprenait à sa base le même procédé mural que l’église.

        L’ensemble de la composition reposait évidemment sur une simplicité presque «archaïque» des formes et sur des données symboliques, qui offrirent à l’architecte la possibilité de résoudre un problème architectural qui était avant tout un problème religieux.

        Pour les extérieurs, et toujours dans le respect de la tradition canonique, Tournon opta pour une solution décorative sans aucun doute moderne. Les vitraux énormes et suggestifs, dans la zone de l’abside étaient signés par des artistes de talent. Il confia les peintures murales à des artistes connus pour leur rôle de rénovateurs de la peinture religieuse de l’époque. Aux côtés de personnalité plus connues, telles que Maurice Denis et Georges Desvallières, fondateurs de «l’Atelier Sacré» on trouvait aussi des artistes de la jeune génération dont Virac, Peugniez, Génicot et Faure. Tous purent s’exprimer  avec autonomie dans le respect des règles imposées par l’architecte.

        A la demande du Cardinal Verdier et du Maréchal Lyautey, et avec la collaboration du RP de Reviers de Mauny, le Pavillon des Missions, le «dixième chantier du Cardinal Verdier», fut reconstruit en 1932 à Epinay-sur-Seine. La structure de bois de la première église «éphémère» fut ainsi remplacée par une structure en béton dans la nouvelle église appelée Notre-Dame des Missions. Le même parti, soit à l’intérieur que à l’extérieur, fut adopté et fidèlement reconstruit. Toutes les peintures et décorations que Tournon avait marouflées, furent démontées et récupérées. Les Béatitudes de la nef sont de Anne-Marie Roux-Colas et de Raymond Delemarre, Prix de Rome 1919. Pour la façade, le maître-verrier Marguerite Huré utilisa le procédé nouveau, dit «la brique huré» breveté par l’artiste en 1930. Le clocher actuel de l’église est surmonté des mêmes statues du premier pavillon représentant les quatre races, ainsi que les six  acrotères de toiture, sculptées directement dans le béton en prise par Carlo Sarrabezolles. La vierge dorée de Roger de Villiers et les chérubins aux ailes dorées soulignent la silhouette de la façade. Cette oeuvre est aujourd’hui classée Monument historique par arrété du 14 juin 1994, et représente un chef d’oeuvre de l’architecture ecclésiastique ainsi que de l’art sacré du XXème siècle.

Antonella Mastrorilli


(cf. G. Pigafette, A. Mastrorilli, Paul Tournon Architecte (1881 - 1964). Le «Moderniste sage», Mardaga, Hayen 2004)



Carlo SARRABEZOLLES

1888 – 1971




Charles, Marie, Louis, Joseph,  dit Carlo en langue occitane, naît à Toulouse en 1888. Il reçoit une éducation classique et religieuse au collège du Caousou et devient bachelier latin-grec à 16 ans. Il s’inscrit à l’Ecole des Beaux-Arts de Toulouse puis à Paris où il obtiendra le Second Prix de Rome en 1914. Ses  maîtres sont toulousains : Jean-Paul Laurens, Marqueste, Antonin Mercié. Dès 1913 il expose au Salon des Artistes Français.


Sculpteur monumental, Sarrabezolles marque le temps des  Années 30 par la puissance de ses compositions sculpturales. Lié d’amitié avec les plus grands architectes  tels Expert, Tournon,  Dubuisson,  Droz,  Marrast, Carlu…il est associé à leurs réalisations. Ses sources d’inspiration sont puisées dans la  mythologie, l’allégorie, l’Histoire Sainte… Portraitiste, il modèle et sculpte avec sensibilité nombre de portraits très poussés, en buste ou en médaillon, de personnalités éminentes des sciences et des arts.



En 1926, Sarrabezolles invente la sculpture par taille directe du béton en prise qui lui permet de réaliser d’importants ensembles de statues colossales intimement liées à la structure architecturale : église de Villemomble (1926), église d’Elisabethville (1928), La Gloire de la Seine 1931), église N.D des Missions (1933), église Saint-Louis de Marseille (1935). Les personnages des campaniles, de dimensions impressionnantes, conservent néanmoins l’expression et l’harmonie de l’art  classique  dont l’artiste est nourri.

A Epinay – 1933 -  Le  clocher  de l’église N.-D.des Missions , de style soudanais,  est une tour de plan carré prolongée aux  angles par quatre statues qui, représentant  Les quatre races, donnent une dimension humaine au sacré. Ces sculptures, colossales (7m)  mais aux visages symboliquement expressifs, font corps avec l’architecture : Carlo Sarrabezolles, sur un échafaudage étroit les a taillées directement dans le béton ainsi que les acrotères de la toiture en forme de têtes de séraphins.

« Il permit aux églises d’être de véritables architectures - sculptures. Ces principes essentiels qui ont guidé sa création sculpturale marquent à mon sens avec éclat la grandeur de l’art religieux du XX° siècle, en lutte contre tous les conformismes ».                                       (Paul-Louis Rinuy).


Parallèlement à des commandes privées ou publiques majeures  (1928,  décoration intérieure de l’hôtel de ville de Reims - 1931, à l’Ambassade de France à Belgrade : le groupe en bronze de 2m80  Liberté, Egalité, Fraternité ainsi que la décoration extérieure et intérieure  -  1935, Le Génie de la Mer, statue en bronze de 7m15 destinée à la plage arrière  du paquebot  Normandie -  1937, Les Eléments , groupe en bronze de 3m80 couronnant l’attique de l’aile Passy du Palais de Chaillot) , l’artiste se distingue aussi par de nombreux dessins et esquisses, des Monuments aux Morts ou à la  Résistance, des Victoires …


Il participe activement aux Expositions de 1922, 1925, 1931, 1937 et 1939, et obtient le Grand Prix des Expositions de 1925 et de 1937.


Plusieurs de ses œuvres sont classées Monuments Historiques.


Carlo Sarrabezolles meurt en  sculptant, dans son atelier à Paris, le 11 février 1971, ayant gardé toute sa vie son caractère enjoué et ardent. Il  portait au plus haut  son idéal artistique, le culte de la famille et de l’amitié ; il consacra la fin de sa vie à la défense des sculpteurs au sein d’Associations qu’il présidait. C’était un homme de Foi.


                                                                                        Geneviève Sarrabezolles-Appert - 21 janvier 2011


Site de l’artiste  http://www.sarrabezolles.org